
Page spéciale « Commémoration » pour ce mois d’août !
En souvenir du raid aérien sur Regensburg (Ratisbonne) le 17 août 1943, j’ai collecté quelques objets et documents en lien avec ce tragique mois d’août 1943 pour mettre en avant le SHD, service peu connu qui s’apparente à la Protection antiaérienne (PAA) telle que la Suisse l’a connue pendant la Mob. Le point de départ est l’achat d’un livret de service dont le titulaire a été engagé suite à ce bombardement qui visait les usines Messerschmitt.
Sicherheits und Hilfsdienst (SHD), soit Service de sécurité et de support
La loi sur la protection de l’air du 26.1.1935 donnait la possibilité au ministère de l’Aviation du Reich (RMdL) de créer des associations motorisées pour des missions de défense civile et de protection de l’air. Le déploiement du service de sécurité et d’assistance ou support (SHD) a commencé le 04.04.1937.
L’étendue des tâches comprenait non seulement la lutte contre les incendies, mais également les missions d’assistance médicale, technique et de désintoxication.



Le Dienstbuch de Walter Oswald, membre du SHD, engagé après le bombardement de la ville et des usines Messerschmitt de Regensburg, le 17.08.1943.


La page de droite mentionne avec de petites croix que ses parents sont décédés.





Le Raid
L’armée de l’air américaine avait trois plans pour l’attaque de Ratisbonne. Le brouillard en Angleterre a d’abord perturbé les préparatifs et le colonel Curtis E. Le May et ses pilotes en ont profité pour s’entraîner.

Le 17 août 1943, lorsque les bombardiers se sont approchés, le soleil brillait sur Regensburg. À 12h24, l’alarme retentit et à 12h42, les premières bombes tombèrent. Après 22 minutes de raid aérien : 402 morts, 1 800 blessés, d’innombrables bâtiments détruits, y compris l’usine de Messerschmitt. Le capitaine John L. Latham était dans le bombardier de tête et a déclaré : « Après des heures de vol avec de nombreuses attaques de chasseurs et la FLAK, je devais me concentrer sur l’approche finale, la montée en flèche de mon adrénaline, puis les bombes à la fin. Totalement soulagé, très fatigué mais heureux, nous avons pris un virage à gauche pour voir l’emplacement et l’effet des bombes avant de continuer vers les Alpes.»

Extrait d’un témoignage d’un Français du STO (Service du travail obligatoire) qui travaillait dans l’usine Messerschmitt.
Ce même jour 17 août 1943 après 12 heures ce sont aussi les usines Messerschmitt de Regensburg (Ratisbone) qui ont été attaquées, et sérieusement atteintes : très gros dégâts aux ateliers et aussi de très nombreux morts et blessés. Je me suis retrouvé, avec de très nombreux Français requis du STO sous le déluge des bombes, bombes explosives de tout calibre, et incendiaires.
Petit retour en arrière sur cette première quinzaine d’août. Le temps était splendide sur la Bavière et la vallée du Danube. Le Danube devient bien navigable à partir de Ratisbonne (c’est là que l’on trouve des ateliers de réparation pour les péniches). Le ciel bleu nous rappelait notre lointain Roussillon et il faisait très chaud. Les alertes de succédaient (FLIEGER ALARM) et le ciel en haute altitude était barré d’immenses traînées blanches. Plus tard, c’étaient des bandelettes de papier avec une face réfléchissante qui arrivaient par milliers dans la campagne autour de l’usine. On a su (comment et par qui ?) que c’étaient des leurres pour tromper la DCA (La Flak) . Dès que l’alerte sonnait, tout le monde, allemands et étrangers, s’enfuyaient dans la campagne et les collines. Pour nous c’était l’occasion de revenir aux ateliers le plus tard possible malgré les invectives des contremaîtres qui hurlaient : « Konzentration Lager ! ». A cette époque, nous ignorions l’horreur de ces camps et nous mesurions mal la portée de ces menaces. Donc, le 17 août 43, nouvelle alerte à 12 heures. Nous avons évacué les cantines où, croyez-moi, on nous servait un très maigre repas et nous sommes partis. L’habitude est dangereuse, et nous ne nous dépêchions pas de quitter le périmètre de l’usine Messerschmitt. Mais très loin et très haut en altitude, (je situe l’axe NO) des centaines de points brillants se présentaient. Cette fois, c’était pour nous. Un motard allemand (vous savez, ces soldats de l’invasion de la France en 1940, bottés, casqués, revêtus d’un immense imperméable) nous hurlait de rejoindre les abris, et c’est le souffle des bombes qui nous a projetés dans les couloirs de l’abri ! Je pense souvent à ce militaire que je remercie encore maintenant, après tant de décennies.

Plusieurs vagues ont atteint l’ensemble des bâtiments. Les volets métalliques qui fermaient les petites ouvertures recevaient éclats et cailloux et ce bruit s’ajoutait aux explosions (souvent trop proches, selon nous). Puis ce fut le silence (on met longtemps à réaliser que l’attaque est finie). Sortie précautionneuse et c’est la découverte d’un champ de ruines avec toujours de la poussière et de la fumée. C’est aussi les premiers morts et hélas parmi ceux-ci des Français, dont certains de notre baraque. De très grands ateliers étaient touchés (entre autres celui où nous travaillions si l’on peut dire) : Machines outil, outils de précision, tout était en piteux état. Pieds à coulisse, comparateurs, micromètres étaient sur le sol ainsi que les meules qui servaient à polir avec précision diverses pièces de l’avion. Lorsque nous sommes passés par des fosses où étaient entreposés les moteurs, nous étions furieux : tous les moteurs, montés sur des berceaux métalliques, étaient intacts. L’un d’entre nous a jeté un gros caillou et nous nous sommes aperçus qu’ils avaient été « carbonisés » sur place par les bombes incendiaires. Les moteurs arrivaient rodés, et prêts à être montés sur le Me 109.


Les Allemands sont tenaces, et au bout de quelques mois, l’usine produisait à nouveau des Me 109 (peut-être en moins grand nombre ?). C’était un très bel avion et performant. A cette époque, nous n’aimions pas les Allemands (surtout ceux qui affichaient ouvertement leurs opinions nazies). Il était difficile de parler en confiance avec la plupart des ouvriers ou cadres de l’usine. En prenant des risques, nous conversions avec quelques uns d’entre eux. Mais dès la présence d’un troisième personnage, plus de discussions. Il fallait mieux parler de la pluie et du beau temps. C’est probablement par un de nos « confrères » ouvriers que nous avons appris que l’attaque était l’oeuvre de l’armée de l’air américaine. On nous a même expliqué que cette 8e Air Force était partie du Royaume-Uni, avait bombardé Schweinfurt, Regensburg, et était allé atterrir en Cyrénaïque (source http://www.uk-us.fr/edmond.htm).

Ce fut la plus grande catastrophe de l’histoire de Ratisbonne. Parmi les 402 morts au moins 68 apprentis de l’usine Messerschmitt de Prüfening. Une photographie noir / blanc dans le livre de Peter Schmoll (Die Katastrophe vom 17 August 1943) montre les apprentis deux jours avant l’attaque. « Une grande partie d’entre-eux n’étaient plus en vie deux jours plus tard et ont été retrouvés déchiquetés et mutilés sous les décombres ».

En mémoire aux 422 victimes et 1200 blessés de cette tragique journée.
Au terme de l’opération, deux B-17 ont été contraints d’atterrir en Suisse, l’un à Dübendorf/ZH et le second à Utzenstorf/BE (images ci-dessous). De plus amples informations sur ces atterrissages peuvent être consultés sur le site http://warbird.ch/

